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Parler - Dessiner - Figurer
par Marianne Simond

PARLER ... FIGURER 
 
"Je n'en peux plus", « Là, ça ne peut plus durer », « je veux arrêter de souffrir », « je veux que cela aille mieux », « j’accepte d’aller voir quelqu’un », « je n’y arrive pas tout seul ou toute seule », « il FAUT que j’aille voir quelqu’un », quand on dit cela, on a souvent déjà fait un réel travail à l’intérieur de soi, un travail qui se traduit dans ces mots. Un pré-travail en quelque sorte.
On aura peut-être déjà les images qui décrivent le mal-être, l’insupportable, celles qui représentent des situations-clés, qui ont fait éclore la décision, ou montrent comment elle a d’abord été empêchée longtemps.
 
Au moment de la prise de rendez-vous, ce sont les mots qui dominent.
Dès la rencontre effective, au premier rendez-vous et après, les images construisent déjà des représentations.
Les images, visuelles, sont parfois seulement intérieures. Ce sont aussi des images sonores, avec le timbre et les inflexions des voix, la musique des mots.
Avec la rencontre, les images initiales se précisent, se consolident ou se modifient.
Par exemple, l’image de l’autre, l’image que l’autre me renvoie, l’image que je donne, l’image que je crois donner, celle que je veux donner, l’image que je reçois qui me parle de moi. Les images, contenues dans chacun  des souvenirs dont je parle, et qui se présentent alors à nouveau à mes yeux, je les REVIS aussi. Avec les émotions qui vont avec.
Ainsi se figurent déjà, se dessinent, des lignes et des contours, des formes, des couleurs qui disent un peu de moi. Qui me le disent et qui le disent à l’autre.
 
DESSINER ... FIGURER

Et quand je n’ai pas les mots… ?
Et quand je suis trop petit, ou trop petite … ?
… Et si on dessinait, alors ?
 
Et puis parfois, les mots, je les ai, mais j’ai bien envie de dessiner aussi.
Des propositions « projectives », à base de dessins en particulier peuvent aussi m’être faites et alors, je parlerai autrement qu’avec des mots.
Des images apparaissent et se fixent. Quand ces images sont dites, décrites, transmises par la parole, elles laissent la place à d’autres, elles s’enchaînent, se développent. Quand elles se fixent, elles ne s’estompent pas, Elles se fixent dans le dessin, comme les tableaux des peintres, elles disent toutes quelque chose de leur auteur. On ne cherche pas à faire oeuvre d'art, à rivaliser avec les plus grands, même si ces images peuvent être d'une beauté réelle, rare, ou évidente. En effet, tout dessinateur est ou peut être un artiste. Dans le cabinet de psychologie, celui ou celle qui dessine n’est pas jugé, jaugé, à l’aune des autres. Il ou elle est, accueilli(e) et pris(e) en compte à sa propre mesure, celle qui est la sienne.
 
Ici, des croisements vont pouvoir se faire. Entre les images, entre les images et les mots. Du dessin fait en séance, on va parler.
 
Dans nos vies, que ferons-nous, qu’allons-nous faire de toutes ces images, que nous donnent le cinéma, la télévision, les clips, les films que l’on fait avec son smartphone … ? des souvenirs, des pièces de construction, des miroirs où s’engloutir ?
 
Les mots, là, sont ceux qui peuvent le mieux et le plus sûrement, nous aider à nous situer, à nous connaître, à nous figurer…
Avec les mots, la parole adressée, nous pourrons les trier, ces images, en écarter certaines, de notre vue, selon notre âge, notre sensibilité. Nous pourrons aussi les regarder autrement, les dire autrement, quand ce sera possible, pour en défaire la toxicité le cas échéant.
 
Pourquoi ?
La violence, ce qui fait effraction dans un psychisme qui n’est pas prêt à les accueillir, un psychisme dans lequel elles vont faire du dégât, c’est ce qui menace…
 
Que faire alors ?
Des limites, une mesure, des mesures, à évaluer, à poser, à remesurer, à trouver…
Éviter ce qui blesse, ou peut blesser, tenir compte du bien-être de chacun, bien traiter le sujet, exercer la bientraitance que l’on peut, auprès de ceux et celles dont on s’occupe, dont on se préoccupe. Et puis traiter, quand c'est possible.
 
Protéger, jusqu’où ?
À quoi servirait d’éviter tout ce qui blesse, même a minima, si cela demandait des efforts excessifs de l’environnement, si cela constituait un évitement de la réalité ?
La réalité est un roc, la réalité peut blesser si on s’y cogne. L’ignorer, cependant, est plus dangereux, car la blessure à venir risque d’être pire.
 
Comment faire quand on est parent ?
Sur les images des écrans, le débat est en cours pour longtemps.
De nombreux auteurs ont donné des recommandations auxquelles on peut se référer si on souhaite cet étayage.
 
Dans le cabinet de psychologie
Les images dont on peut s’occuper, là, quand le ou la psychologue travaille avec elles, ne comportent pas le même danger que celles qui surgissent, impromptues, inopinément, quand on surfe sur le net, sans protection, de ci de là.
  
Danger des images ? On peut penser qu'il y a moins de danger avec les images dites par des mots …
Les images dites sont déjà à l’intérieur du sujet, elles ne proviennent pas de l’extérieur ; elles sont déjà apprivoisées, elles ont été acceptées, on les exprime… avec des mots. Elles n’ont pas d’étendue visuelle, saisissable par les yeux, ce sont nos yeux intérieurs qui les contemplent : nous nous les représentons, nous nous les figurons.
 
Sont-elles pour autant sans danger ?
Non ! Les indicibles surtout sont menaçantes, celles sur lesquelles on a le plus de mal à mettre des mots. Menaçantes aussi celles qui s’imposent, quand on ne veut pas les voir, celles qui font effraction, souvenir et écho d’un traumatisme parfois majeur.
 
Ce qui peut aider, c’est l’entrée en jeu, la présence dans le cadre, de la personne du ou de la psychologue, du ou de la psychanalyste : c’est parce qu’il ou elle est à même de supporter… parfois l’insupportable, que, n’étant pas détruit(e) par ces images menaçantes, il ou elle procure à la personne un ou des filtres qui vont atténuer la force négative et dangereuse. Au début, il ou elle constitue même en soi-même, un filtre pour ces images.
 
 
 
 
 
Les gribouillis ou squiggle chez Winnicott
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